Alfred Sisley et sa femme, les fiancés, 1868 ; Renoir

Huile sur toile, 106 x 74 cm

Wallraf-Richartz Museum, Köln

 

Renoir fait la connaissance de Sisley dans l’atelier de Gleyre – tout comme celle de Monet et de Bazille, et entre les quatre s’établit une amitié étroite. Au début de son séjour à Paris, Renoir était très mal à l’aise au milieu de ses camarades peintres parisiens. Il avait tout à fait l’allure du paysan normand, avec ses manières un peu frustres. Ses premières toiles reflètent cet aspect de sa personnalité. En 1874, Monet disait encore à Manet que Renoir avait si peu de talent, qu’il faudrait lui conseiller de renoncer à la peinture. Renoir, sans se décourager, sut élaborer un style personnel au contact des impressionnistes, style qui se caractérise essentiellement par une véritable volupté de la couleur. Le portrait qu’il fit du couple Sisley en témoigne : on peut trouver une certaine gaucherie dans le maintien des modèles, mais Renoir met déjà en oeuvre son extraordinaire sens de la couleur, l’intensité des rouges et des verts, le chatoiement des rayures dorées de la robe sont remarquables.

Sisley est marié avec Marie-Louise Adélaïde Eugénie Lescouezec (1834-1898) depuis peu de temps lorsque les jeunes mariés posent pour cet intéressant portrait. Cette toile est peinte dans la forêt de Fontainebleau. La femme est le personnage principal de la scène, en regardant le spectateur et en attirant son attention avec la couleur vive de son vêtement, tandis qu’Alfred dirige son regard amoureux vers son épouse, vêtu d’une veste noire et d’un pantalons gris. La jeune femme, dans un geste un rien comédien, s’accroche tendrement au bras du jeune homme muni d’un haut de forme incongru à la campagne et qui s’incline vers elle ; elle paraît guetter le signe du photographe, impression accentuée par le traitement un peu cotonneux du décor de verdure sur lequel se détachent les figures et qui évoque la toile de fond employée parfois à cette époque. Certains ont vu dans ce portrait un tableau de genre, une œuvre convenue, le modèle féminin n’étant pas Marie, mais Lise Tréhot. Ceci  s’appuie sur une lettre de Renoir, et sur le fait que Renoir a essayé de vendre ce tableau à M. Charpentier, un marchand de tableaux.

Les personnages sont  posés devant un paysage en toile de fond, mais ils ne sont presque pas intégrés en lui, contrairement à ce que nous pouvons observer dans Lise au parasol. Les reflets de lumière baignent toute la scène, il en résulte une composition énormément heureuse, en accord avec les oeuvres des grands maîtres que Renoir admirait tant lors de ses visites fréquentes au Louvre, spécialement Rubens et Fragonard. Le contraste s’avère aussi intéressant entre le dessin heureux créé par les personnages et l’environnement empâté du paysage où se trouvent les deux conjoints. Cette toile est l’un des premiers chefs-d’oeuvre de Renoir.

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