Frédéric Bazille : nature morte au héron (1841-1870), 1867 ; Renoir

Huile sur toile, 105 x 73.5 cm (M)

Musée d’Orsay, Paris

 

En 1862 Renoir, Monet et Bazille se rencontrent dans l’atelier de Gleyre, en étant presque inséparables depuis ce moment. Les trois se rendent à la forêt de Fontainebleau pour peindre directement de ce qui est naturel, en "plein air". Cinq ans après cette première rencontre, Renoir réalise le portrait de son ami peignant dans son atelier de la rue Visconti à Paris, alors qu’il travaille à une toile instituée héron et geais (Musée Fabre, Montpellier) que Sisley peignit en même temps et intitulée Héron aux ailes déployées (Musée Fabre, Montpellier). La silhouette de Frédéric apparaît de profil, vêtue d’un costume gris, absorbée à son travail. Dans ce portrait familier, Renoir s’amusa visiblement de la longue silhouette de Bazille repliée sur une petite chaise face à son chevalet très bas, de son costume négligé et des ses pantoufles. A l’arrière plan, nous pouvons apprécier quelques unes de ses toiles dans les mêmes tons que la grande toile qui se trouve sur le chevalet, dans la zone gauche de la composition. Le paysage de neige est sans doute celui peint tout récemment par Monet Route sous la neige, Honfleur 1867 (USA Collection particulière). Cette peinture constitue un symbole parfait de l’amitié qui unit autour de 1867 les membres de ce petit groupe. Cette œuvre n’est d’ailleurs pas la seule à rappeler qu’entre 1865 et 1870 Bazille et Renoir partagèrent souvent le même atelier utilisé aussi par Monet et Sisley. On pourrait aussi citer son « pendant », le Portrait de Renoir par Bazille (Paris, Musée d’Orsay) que Renoir conserva toute sa vie. La lumière pénètre par la droite, éclairant l’épaule du jeune peintre. La facture est plus libre que d’autres toiles peintes par Renoir à cette époque, ce qui lui valut les éloges de Manet.

A l’inverse de la plupart de ses portraits  contemporains où il utilisait généralement un fond neutre, il cerne la figure de tableaux sans réel souci de structure spatiale, ce que n’est pas sans rappeler le Portrait d’E. Zola peint par Manet (Paris,, Musée d’Orsay) exposé au Salon de 1868. La dominante de gris et de beiges fait paraître les chairs plus roses ; le gris chaud du costume joue avec le gris bleuté du fond ; une notation rouge (le lien qui retient les pantoufles) et quelques notes plus colorées (les couleurs posées sur la petite palette que tient Bazille) rehaussent l’harmonie sobre de l’ensemble. Cette extrême économie de moyens évoque certainement l’art de Manet et l’on comprend pourquoi ce dernier apprécia cette œuvre même s’il n’était pas spécialement attiré  par Renoir.

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