La bohémienne, En Eté, 1868 ; Renoir

Huile sur toile, 85 x 59 cm

Nationalgalerie, Berlin

 

Au Salon de 1869, Renoir –qui se réclame toujours de Gleyre – n’expose que cette œuvre, alors intitulée En été ; étude. Le modèle est Lise Tréhot (1848-1922) qui avait posé pour Lise à l’ombrelle, premier succès de Renoir au Salon de 1868 ; elle partage la vie de Renoir entre 1866 et 1871 et son image, répétée avec complaisance par le peintre, s’est identifiée à ces années de genèse artistique.

Elle est ici représentée à mi-corps, les bras nus, les mains croisées sur les genoux, sa chevelure dénouée sur les épaules. Le tableau a encore été peint en plein air et, derrière la jeune fille, le feuillage d’un vert très vif est pénétré par les rayons du soleil. C’est un nouveau pas fait dans la voie de la peinture colorée et lumineuse, en plein air.

De format relativement modeste, cette peinture rappelle par son sujet des œuvres analogues de Courbet (comme La fille aux mouettes, Trouville, 1865, New York, coll. Deeley, ou Jo, la belle Irlandaise, New York, The Metropolitan Museum of Art) à mi-chemin entre la figure de genre « moderne » et le portrait individualisé et que se rattachent elles-mêmes à la longue tradition de la « figure de fantaisie ». La mise en page, bien équilibrée, n’a rien de particulièrement audacieux. Malgré l’indication de feuillage très stylisé qui sert de fond à la figure et qui suggère le plein air, la lumière égale, la pose du modèle, le négligé « artistique » de ses vêtements et de ses cheveux répandus sur les épaules sentent la convention d’atelier. La comparaison de cette œuvre avec par exemple Les femmes au jardin de Monet peintes en 1866-67 et la Réunion de Famille de Bazille (toutes deux à Paris, Musée d’Orsay) exposée au Salon de 1868, montre combien Renoir demeure prudent. C’est sans doute cependant pour faire admettre au Jury le traitement vigoureux et volontairement inachevé des feuilles vert vif (qui rappelle Femmes au jardin) ou celui des cheveux tordus en mèches sombres que Renoir qualifiait son tableau « d’étude » dans le livret du Salon. En revanche, le modelé des chairs aux tons froids et d’aspect lisse et uni, était susceptible de ne pas choquer le jury le plus traditionnel. Pourtant, malgré un formalisme certain de composition et même de facture, cette œuvre traduit avec force la présence charnelle de son modèle.

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