La promenade, 1870 ; Renoir

Huile sur toile, 81.3 x 64.8 cm (M)

J. Paul Getty Museum, Malibu, California

 

Dès 1866, Renoir s’est montré un adepte particulièrement convaincu de la peinture claire et du travail sur nature. Mais, c’est peut-être dans ce tableau que nous voyons le mieux se préciser ce qui deviendra la grande préoccupation de l’artiste après la guerre franco prussienne : associer des éléments de poésie éternelle à une image juste de la vie contemporaine.

On ne sait pas comment Renoir intitula ce tableau, mais La Promenade est en partie un hommage aux premiers artistes qu’il a considérablement admirés. Renoir maintient ici quelque chose de la palette vert et brune de Gustave Courbet tout en choisissant le sujet des voluptueuses et allègres promenades de jardin des peintres du dix-huitième siècle tels qu’Antoine Watteau et Jean Honoré Fragonard, dont il avait étudié les œuvres au Louvre.  Toutefois, à la différence des séduisantes images créées par ses prédécesseurs, celle de Renoir est attrapée par hasard pendant un moment passager – des parisiens de classe moyenne immergés dans la nature, probablement un parc local, et non posés devant une toile de fond d’atelier.

Renoir a passé l’été précédent à peindre en plein air avec Claude Monet, qui l’a encouragé à utiliser une palette plus légère et lumineuse, et à se livrer à son penchant pour des touches larges et rapides. La relation étroite entre Monet et Renoir les a fait évoluer vers un type de peinture jouant avec la lumière et la couleur qui sera appelée Impressionnisme par les critiques. Les deux artistes ont déjà travaillé parallèlement sur la Grenouillère, utilisant une touche rapide et large, comme s’il s’agissait de traiter un puzzle, tout comme nous pouvons l’observer dans cette composition. La similitude avec les époux Sisley est flagrante, mais dans cette scène l’artiste se centre spécialement sur la vibration de la couleur et de la lumière, tant pour les personnes que pour la végétation, sortant les couleurs sombres habituelles de l’impressionnisme. La lumière tachetée qui filtre à travers le feuillage deviendra la marque de fabrique des plus belles œuvres impressionnistes de Renoir entre les années 1870 et1880. Il  utilise un mélange mince de peinture à l’huile,  son glacis  flottant ici de l’un à l’autre pour créer de la profondeur.

Nous devons souligner l’importance qu’acquièrent les silhouettes dans la production de Renoir, qui arrivera à les utiliser pour réagir contre la perte de forme qui se produira des années plus tard, au moment de la crise de l’impressionnisme.

Ce tableau se situe clairement par son sujet dans la lignée des Fiancés (Wallraf-Richartz Museum, Köln) mais cette analogie du sujet souligne la différence de style qui  intervient dans un laps de temps aussi bref. L’intégration des figures au paysage est résolue ici avec bonheur : un détail comme la branche feuillue à gauche suggère un plan entre le spectateur et la figure de la jeune femme en robe blanche et rappelle un procédé identique employé par Monet dans son Déjeuner sur l’herbe. Le jeu des ombres et des lumières est uniformément réglé et le traitement des étoffes répond à la virtuosité du rendu du feuillage et du sol, dans une gamme de couleurs limitée.

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