La première sortie, “Au théâtre“, 1876-7

Huile sur toile, 64.8 x 50.2 cm

The National Gallery, London

 

Première sortie est typique de l’art de Renoir, lorsque l’impressionnisme connaît sa période la plus féconde. Les impressionnistes aiment les sujets de la vie quotidienne, et s’intéressent notamment aux divertissements populaires des parisiens, fréquentent ses cafés et ses spectacles de cabaret, de théâtre ou de cirque, les transformant en protagonistes de leurs oeuvres afin de représenter la vie moderne,  et cherchent à en fixer les moments fugitifs de la manière la plus spontanée possible. Renoir nous convie ici à partager un grand moment de la nuit parisienne, la première sortie d’une jeune fille dans un cabaret (Caf’ Conc’),  qui découvre ainsi le monde nocturne du divertissement.

Les deux jeunes filles sont assises dans une loge. Le spectacle n’a pas commencé, et la foule est bien dissipée. En contrebas, des hommes et des femmes bavardent, assis autour d’un petit guéridon. Ce détail indique que la scène ne se passe pas dans un théâtre, mais dans un des « caf’ conc’ », ces cabarets où l’on allait aussi pour papoter et prendre un verre. L’image se fixe sur la jeune fille qui se penche en avant dans sa place pour avoir une meilleure vue sur le spectacle. Les rayons X montrent que Renoir a projeté au début d’inclure deux personnes de plus devant la jeune fille. Elle a mis ses plus beaux atours : sa robe est à la dernière mode et son chapeau blanc, agrémenté d’un foulard bleu, met en valeur son joli visage. En dépit de sa ravissante toilette et de la compagnie rassurante d’une aînée, la jeune fille n’est pas très à l’aise. Avec son profil encore enfantin, elle semble intimidée par ce lieu qu’elle découvre pour la première fois. Tout en serrant ses mains sur son joli bouquet, elle regarde la foule avec une curiosité mêlée d’appréhension. L’émerveillement se lit dans ses yeux, elle est à la fois à la fois enchantée et un peu effrayée devant le spectacle tout nouveau pour elle des lumières, de l’agitation et de la foule. Ce geste de surprise de la jeune fille reflète la grande qualité de Renoir comme portraitiste.

La scène se déroule à l’intérieur, abondant de tonalités mauves pour les reflets des lumières artificielles, concrètement de gaz. Le style employé par le maître est rapide et esquissé, essayant de créer la sensation ambiante d’un lieu fermé, plein de fumée, ce qui provoque la dilution des contours et l’aspect d’une œuvre inachevée.

Le sujet d’une loge a déjà été traité plus tôt par Renoir dans « La Loge » (Londres, Institut de Courtauld). Il y a toutefois une différence remarquable de technique entre les deux images des occupants d’une loge de théâtre peintes par Renoir, La Loge et La Première Sortie. Entre temps, Renoir a travaillé avec Monet à Argenteuil et, pour au moins cette période, est devenu un inconditionnel des méthodes impressionnistes et de leur point de vue. La précision de dessin est partie pour être remplacée par une enveloppe miroitante de couleur qui entoure les figures et leur donne une réalité dans l’espace que les autres images ne présentent pas. Ceci est bien sûr une différence de d’objectif plutôt qu’une qualité esthétique. Les riches noirs sont enlevés, la profondeur de couleur étant fournie par l’outremer. Mais la façon Impressionniste de voir concerne non seulement la couleur mais ce qu’il peut être optiquement possible de voir à un moment particulier. En se fixant sur un objet, l’oeil est seulement vaguement conscient des autres derrière et autour, et ainsi Renoir suppose que cette attention se concentre sur la jeune fille à sa première sortie et que le spectateur a seulement une impression confuse et oblique du reste du théâtre et des autres membres de l’auditoire. Il y a un autre avantage dans la façon de présenter : Quelque chose de l’agitation de l’occasion est transmise par la couleur cassée et les personnes faiblement visibles. Le calme de La Loge n’a pas une telle suggestion.

Ici, Renoir se montre très influencé par la photographie, art de l’instantané par excellence. Il donne l’impression d’avoir réglé la mise au point de son objectif sur les deux jeunes filles, et d’avoir croqué le reste de la scène avec une extraordinaire rapidité en usant d’une touche gaie, nerveuse, très proche d’un flou photographique. Le cadrage, qui coupe arbitrairement la fosse ou les personnes et laisse voir l’arabesque de la loge, fait également penser à une photographie.

Ce tableau a été connu sous divers titres. Le marchand d’oeuvres d’art Ambroise Vollard a appelé cette image « Au Théâtre » en 1918 dans son catalogue du travail de Renoir, mais il est devenu par la suite connu comme La Première Sortie.

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