Yvonne et Christine Lerolle au piano, v. 1897 ; Renoir

Huile sur toile, 73 x 92 cm (M)

Musée de l’Orangerie, Paris

 

Renoir obtiendra un grand succès avec ses portraits,  devenant le peintre favori de la bourgeoisie française. Ceci implique que les bourgeois parisiens acceptent les peintres impressionnistes et rejettent les oeuvres des maîtres académiques.

La famille Lerolle a été un grand protecteur des nouveaux créateurs, spécialement de Degas, comme nous pouvons le vérifier dans les deux tableaux qui décorent le mur à l’arrière-plan. Toutefois, c’est Renoir qui est choisi pour peindre le portrait des deux jeunes filles jouant du piano, une composition similaire aux Jeunes Filles au piano peinte en 1892.

Le thème des jeunes filles au piano est un des sujets favoris de Renoir ; déjà en 1875 avec Femme au piano (The Art Institute of Chicago), puis en 1889 avec La Leçon de piano (Joslyn Art Museum, Omaha, Nebraska,) qui peut être considérée comme la première version des Jeunes filles au piano longuement étudiées en 1892 pour le tableau acheté par l’Etat en avril 1892 par Henri Roujon, directeur des Beaux-Arts. Bien qu’étroitement apparenté aux tableaux antérieurs représentant  des jeunes filles au piano, celui-ci en diffère dans la mesure où les jeunes filles sont les filles d’un ami et non des modèles professionnels, et qu’elles ont posé chez elles.

Yvonne est habillée en blanc et joue avec ardeur un morceau de piano tandis que sa sœur Christine regarde la partition de manière complice. Elles sont chez elles, devant deux œuvres de Degas appartenant à la collection de leur père Henry Lerolle.

Bien que le maître ne renonce pas à recueillir la lumière naturelle et la couleur, il s’intéresse spécialement au modelé et au dessin des figures, entourées dans une atmosphère qui n’arrive pas à diluer les contours comme le faisait Monet. L’expressivité des deux modèles est un autre point de référence de l’oeuvre, bien que dans les derniers travaux Renoir ne charge pas les teintes sur la personnalité de ses modèles comme dans ses premières oeuvres – voir Léonard Renoir ou Victor Choquet -. De cette manière, le maître français est présenté comme un peintre qui dote ses compositions de joie et d’un certain romanticisme, en obtenant un important succès devant le public.

La composition de ce tableau, avec ses figures qui se détachent nettement sur les rectangles du piano et des cadres accrochés au mur, rappelle tout particulièrement les conventions des intérieurs hollandais du XVII° siècle. A cette époque, Renoir étudie avec délectation la peinture de genre hollandais, il devait faire son unique voyage en Hollande n 1898, peu après avoir exécuté ce tableau. Le blanc et le rouge des robes contrastent vivement avec le piano et les autres notes foncées ; cette structure simplifiée de rouge, de noir et de blanc se détache sur le mur d’un ton doux tirant sur le jaune, tandis que les accents plus chauds des tableaux sur le mur et la draperie, en bas à droite, font écho au rouge de la robe, au centre du tableau. Dans des peintures telles que celle-ci, Renoir abandonne dans une large mesure le modelé coloré des impressionnistes et réintroduit le noir sur sa palette, comme pour proclamer son retour aux méthodes traditionnelles.

Dans son Journal, à la date du 25 octobre 1897, Julie Manet décrit ce tableau qu’elle a vu chez Renoir : « C’est ravissant. Christine a une expression délicieuse, Yvonne n’est pas bien ressemblante mais à une robe blanche ravissamment peinte ; le fond avec les petites danseuses de Degas en rose avec leurs nattes et les courses est peint avec amour ».Yvonne et Christine deviendront deux belles-filles d’Henri Rouart en épousant respectivement Eugène et Louis Rouart. Ce tableau est resté accroché dans le salon de Renoir jusqu’à sa mort. « Christine et Yvonne Lerolle au piano attire mes regards chaque fois que j’y vais » Julie Manet, Journal, 31 janvier 1899.

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