La Parisienne, 1874 ; Renoir

Huile sur toile, 163.2 x 108.3 cm

National Gallery and Museum, Cardiff, Wales ; The Davies sisters Collection

 

En 1874 ce tableau est présenté à première exposition Impressionniste, qui se déroule dans les salons du photographe Nadar, entre avril et mai 1874.

Le modèle est l’actrice Henriette Henriot, célèbre pour ses rôles à l’Odéon en 1863-68, et qui apparaît dans quelque dix tableaux du peintre. En intitulant le tableau La Parisienne, Renoir indique qu’il représente un type de jeune femme, au lieu d’un individu particulier. Il s’agit de la  femme urbaine. La dame élégante en bleu apparaît devant un fond neutre, dans une disposition qui rappelle Le fifre de Manet, oeuvre qui s’inspire de Velázquez. La pièce n’est pas définie et l’actrice, grâce à l’ombre et au volume exceptionnel, s’affirme dans l’espace. La douceur n’est pas dans la présence la présence physique de cette Parisienne, mais dans le monde qui l’entoure. C’est l’image troublante d’une personne sans contexte, sans les définitions extérieures de qui elle est – quelqu’un décrite simplement par son visage et ses vêtements. Elle est déconnectée des contextes dans lesquels les femmes ont toujours été peintes et se promène dans un espace abstrait.

Renoir peint ses vêtements avec un plaisir du détail ; il peut être significatif que ses parents aient été tailleurs et couturière. Le costume contemporain, détaillé comme une gravure de mode, se prête avec ses plis, ses bouillonnés à une magnifique démonstration de peinture. Le bleu céleste, intense et pur, de son vêtement – aussi lumineux que le ciel dans le Bacchus et Ariane du Titien – est joyeusement éloigné des noirs et gris de respectabilité. Par contraste, ce bleu rend les chairs jaunâtres et, par reflet les verdit. Les tonalités bleues dominent l’ensemble, appliquées avec des touches rapides et fluides, sans s’occuper du détail pour créer une sensation d’esquisse habituelle aux impressionnistes. Ses cheveux sont détachés ; son intense regard s’adresse au spectateur, renforçant son aspect élégant ; Ce tableau est, en fait, fort au lieu de doux ; la figure de Madame Henriot est robuste et effrontément confiante. Cette jeune femme, habillée de la tête aux pieds dans un bleu brillant, sortant dans le monde, est une figure de liberté.

Un critique de l’exposition de 1874, Jean Prouvaire du Rappel,qui apprécie Renoir, voit à travers trois œuvres du peintre La danseuse, la Parisienne et La loge les « trois étapes par où passent les petites dames de Paris », de l’adolescente à la cocotte. Il reconnaît pourtant que ce n’est sans doute pas là le propos de Renoir mais il écrit « C’est à peine si l’on entrevoit le bout de sa bottine, pareil à une petite souris noire. Le chapeau, presque sur l’oreille est d’une coquetterie téméraire ; la robe est trop close. Rien de plus irritant que les portes fermées. Est-ce un portrait, ce tableau ? Cela est à craindre. Le visage bizarrement vieillot et puéril aussi, sourit d’un faux sourire. L’ensemble pourtant, conserve quelque chose de naïf. On dirait que cette petite personne fait exprès d’être chaste. La robe, fort bien peinte, est d’un bleu céleste. »  

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